La voix est libre – l’avenir de la gauche ?

France 3 Région Rhône-Alpes m’a une nouvelle fois invitée à participer à La Voix est Libre. Cette émission, rediffusée le samedi matin et que vous pouvez visionner ci-dessous, a été enregistrée vendredi après-midi à Lyon.

Quand la rédaction m’avait appelée pour m’inviter, j’ai d’abord hésité. L’invitation faisait suite à l’annonce de mon départ du Parti Socialiste, et je leur ai dit clairement que si c’était pour taper sur le PS il ne fallait pas compter sur moi. On m’a assurée que le débat avait une vocation constructive, qu’on inviterait un élu du Parti de Gauche, et que l’invité principal serait JJ Queyranne, mon ancien ‘patron’ à la Région.

Le format de l’émission : un quart d’heure avec l’invité principal (pendant lequel on a surtout parlé de sa défaite aux élections régionales) et puis un quart d’heure avec Andréa Kotarac et moi-même.

Déjà autant vous dire que ça me laisse un sentiment de grande frustration  (partagé par Andréa d’ailleurs), le quart d’heure est passé super vite, et on avait l’impression qu’on rentrait juste dans le vif du sujet quand on a coupé, et en plus (vous verrez) sur une remarque de JJ Queyranne qui méritait largement que l’un et/ou l’autre réponde…

En tout cas, je n’ai pas eu le temps ou l’opportunité de développer quelques points que je voulais mettre en avant par rapport à l’avenir de la gauche parce qu’on a passé pas mal de temps sur la déchéance de nationalité.

Le journaliste, Paul Satis, commence sa phrase en disant qu’aussi bien Andréa que moi sommes d’origine étrangère… J’avoue que j’étais très surprise par cet angle « d’attaque »… je ne sais pas si la rédaction pensait qu’on devait être plus concernés que d’autres ou s’ils voulaient montrer que tous les binationaux ne sont pas maghrébins… mystère.

J’aurais préféré qu’on parle de la radicalisation de nos jeunes. Pourquoi ? Comment lutter contre ? que de focaliser sur une mesure que les trois invités de l’émission trouvent inefficace et dangereux pour la République.

D’ailleurs je ne sais pas comment le gouvernement va sans sortir maintenant, puisque si on ne veut pas d’une justice à deux vitesses, l’une pour les ‘français de souche’ et une autre pour les binationaux, et si on ne veut pas que la France soit trainée en justice au Tribunal des Droits de l’Homme par je ne sais pas qui pour discrimination, il faudrait soit abandonner la proposition de révision de la Constitution, soit déchoir tous les terroristes de leur nationalité française. Mais ! On ne peut laisser personne apatride… L’incohérence de la chose est évidente quand on écoute Jean-Christophe Cambadélis en parler lors de ses voeux à la presse :

« La réforme constitutionnelle doit s’inscrire dans cette bataille pour la République réelle. Elle constitutionnalise l’état d’urgence et va contenir une mesure sur la déchéance nationale qui doit respecter quatre critères essentiels :

– Montrer la détermination de la nation face aux Français qui portent atteinte aux autres Français (NDLR : OK, mais on a quand même des lois… le meurtre est déjà illégal…)

– Assurer la cohésion de la nation, ce qui est la meilleure mesure antiterroriste qui soit (NDLR : en traitant les binationaux de manière différente des autres ?)

– Empêcher toute forme de stigmatisation, notamment vis-à-vis des binationaux (NDLR : euh… pense que c’est peut être trop tard déjà)

– Empêcher que la Patrie des Droits de l’Homme crée des Hommes sans patrie, donc éviter l’apatridie »

En tout cas, si ça passe, il va falloir que le législateur fasse TRES attention aux termes qu’il emploie, car si jamais on avait une Marine Le Pen à l’Elysée, je ne sais pas ce qu’elle mettrait dans le panier des actes qui portent atteinte à la Nation…

Bon revenons à l’avenir de la gauche et profitons donc de cette tribune pour mettre en avant ce que je n’ai pas pu développer sur le plateau…

Ceux qui quittent le PS sont (au moins pour certains) comme moi, de l’aile gauche, ou alors ils s’aperçoivent que le débat est sclérosé, et/ou ils sont juste déçus de constater que finalement au pouvoir la gauche se comporte comme la droite. On voit le chacun pour soi, des prises de position pour se placer en 2017, des renoncements…

Pour les français ‘normaux’, les élus nationaux se voient entre eux, sont coupés de la réalité. Quand un élu prétend que ‘3000 euros par mois, c’est une situation extrêmement difficile’, on voit déjà que ça fait longtemps qu’il ne regarde plus les fiches de salaire de ses propres agents par exemple…

Je reviens à ma bête noire, et je l’ai dit sur le plateau, il faut qu’on arrête d’avoir des partis qui sont gérés par des élus. On vit d’échéance électorale en échéance électorale, on n’ose pas prendre des positions qui mettraient en péril les mandats, et du coup le débat politique en devient d’un niveau regrettable.

En Grande Bretagne par exemple, les élus n’occupent pas de poste au sein du Parti travailliste. Ils sont encartés, mais ils ne dirigent pas les instances du Parti. Il y a un contre pouvoir. Vous me direz ça n’a pas empêché d’avoir Tony Blair, mais ça a permis par contre d’avoir Jeremy Corbyn. Certains qui avaient quitté le parti travailliste reprennent leur carte aujourd’hui. Il y a même davantage de gens qui ont rejoint Labour depuis les dernières législatives, que de membres des Conservateurs. Ils ont dépassé le demi million d’adhérents, c’est le plus fort taux d’adhésion depuis 1976. Peut être parce que Corbyn se distingue bien des Tories (image de privilégiés etc)., il mène par l’exemple, il défend autre chose pour relancer l’emploi que la compétitivité et la baisse des charges… on ne peut plus dire gauche/droite même combat… #jdcjdr

Par manque de volonté forte sur tel ou tel sujet, le PS a un peu condamné des gens à aller ailleurs, quitte à créer de nouveaux partis. Ce qui a ensuite permis de confier l’écologie à EELV et le social au FdG (je caricature légèrement), et les voix de gauche se sont dispersées en fonction des priorités de chacun. En parallèle il y a la dérive centriste du PS, le meilleur moyen de garantir que l’union de la gauche ne se fasse pas. Comment voulez-vous concilier les positions du Parti de Gauche avec celles de l’UDI ? L’UDI qui s’est maqué avec l’UMP (désolée je ne peux pas les appeler Les Républicains, pas après les campagnes qu’on vient de vivre) pour avoir des postes dans les Régions ? Comme je disais sur le plateau, comment voulez-vous qu’un adhérent du PdG se mette d’accord avec un Macron par exemple, ou un Vert avec le PS tant que la question du nucléaire n’est pas tranchée ?

On a un peu parlé des primaires sur le plateau. A mon sens reconduire François Hollande en tant que candidat PS sous seul prétexte que c’est le sortant, serait la garantie d’un 2e tour UMP/FN. S’il faut une union de la gauche, il faut un candidat issu des primaires. Si on ne veut pas d’un candidat unique, qui de l’union de la gauche ? Cette question doit être débattue.  Cambadélis lui, préfère prendre les devants et a dit que si le débat se trouve à gauche de la gauche le PS ne se sent pas concerné. Dont acte. Je pense qu’on en reparlera d’ici 2017…

Pour revenir aux partis, de mon expérience les militants n’ont pas vraiment l’occasion de s’exprimer, ou en tout cas ne se sentent pas entendus, par contre on ne les oublie pas quand il faut se cailler les miches sur les marchés ou se faire les cuisses dans les escaliers d’immeuble. Y compris très récemment…

Et pour les Français c’est pareil. On ne tient pas des promesses électorales et puis on déplore qu’ils n’aillent pas voter. Ils se sentent manipulés, la politique est devenu un gros mot.

Alors comment repartir, reconstruire alors que la confiance est brisée ? Vaste question et je n’ai bien sûr pas toutes les réponses, mais j’ai quelques idées de pistes à creuser.

Cela commence par une vraie redistribution. Arrêtons de dire qu’on n’augmente pas les impôts alors qu’on invente de nouvelles taxes, le système fiscal est TROP compliqué, les aisés s’en dépatouillent car ils peuvent payer des experts pour le faire. Réhabilitons l’impôt sur le revenu tout en supprimant les taxes qui sont des impôts indirectes. C’est plus juste, plus progressif.

C’est d’ailleurs très bien expliqué si vous suivez ce lien.

Ca va gronder ? Pas si on prend le temps d’expliquer aux gens que ce qu’ils paient en plus sur le revenu, ils le récupèrent sur la consommation. Soyons un minimum pédagogues ! Montrons où vont les impôts !

Les Français savent qu’un quart des milliardaires en Europe sont en France, mais on a des gens qui dorment dans leurs voitures alors qu’ils ont un travail. Les caisses ne sont pas vides, les caisses ont été vidées, nuance, et on peut les re-remplir. Lisez le rapport d’Oxfam si vous ne me croyez pas. L’argent existe mais on ne va pas le chercher. Pourquoi ?

Entretemps on a l’extrême droite avec un discours moralisateur (mais bien évidemment hypocrite et populiste), et les gens se disent pourquoi pas ? Ce ne sera peut-être pas pire ?

Il faut donc surtout arrêter de dire votons CONTRE telle ou telle chose. De dire que l’union de la gauche doit se faire pour empêcher l’arrivée du FN. Non. L’union de la gauche doit se faire parce que la France a besoin d’une société plus juste. Point. (Et si on a une société plus juste, on coupe l’herbe sous le pied des extrémistes #jdcjdrbis)

A force de dire qu’il faut bloquer le FN, ceux qui ont voté pour Mme Le Pen et ses acolytes se disent ‘on dit que mon vote n’est pas bien, on ne m’écoute pas une fois de plus’, et on aura juste réussi à renforcer leur sentiment de déconsidération.

Lors des primaires en 2012, la première réponse de François Hollande à la question ‘pourquoi vous ?’ était de dire ‘parce que je peux battre Sarkozy’. Et PUIS il a dit ‘j’ai un projet…’.  Mais comme dans tous les jeux télévisés, on doit accepter votre première réponse Monsieur … L’alternance n’est pas un projet politique. Dire qu’ils en auront marre de la droite, ils finiront par revenir chez nous, c’est vraiment se moquer des gens. Et c’est un pari risqué, d’autant que maintenant la gauche n’est plus la seule alternative à la droite…

Et si on invitait les Français à voter POUR quelque chose ? Il n’y a pas de raison que les valeurs de la gauche d’aujourd’hui soient différentes des celles d’hier. Solidarité, fraternité, humanisme, égalité, laïcité, bien vivre ensemble, chacun donne selon ses moyens, chacun reçoit selon ses besoins. Ce n’est pas compliqué.

Ce serait bien de présenter les actions dans le contexte du projet global aussi, mais cela suppose qu’il y ait une feuille de route et je crains fort qu’elle a été laissée aux toilettes à la dernière aire de repos…

 

Si on commençait déjà par le respect des promesses de campagne (je sais, une idée révolutionnaire), par des mesures qui améliorent le quotidien de nos concitoyens qui souffrent…

Mais même si on faisait tout ça, est-ce que cela suffirait ?

A force de renier, de renoncer, d’abandonner, est-ce qu’on nous croirait ? Regagner la confiance des Français ne sera pas simple.

Pour terminer je voudrais dire qu’on a un peu discuté avant et après l’émission avec Andréa Kotarac. Il est très lucide par rapport à son parti (Parti de Gauche) qui souffre d’une certaine stagnation depuis 2012, un renfermement dans des postures d’opposition.

Il reconnait volontiers (en réponse à une remarque de ma part) que certains membres de son parti, parfois issus des rangs du PS mais pas forcément, considèrent le PS comme autant « l’ennemi » que la droite, et que cela rajoute à la cacophonie à gauche… j’ai senti un vrai désir de travail constructif chez lui par contre, et ça, ça fait plaisir. Surtout s’il est représentatif d’une nouvelle génération et donc de l’avenir…

En tout cas il va nous falloir toutes les bonnes volontés pour arriver à construire une nouvelle gauche (mais une vraie gauche quoi)… je veux bien y participer. Et vous ?

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4 Comments to “La voix est libre – l’avenir de la gauche ?”

  1. Serge POIZAT dit :

    Merci Sheila pour ces paroles intelligentes et sensées je partage pleinement ton point de vue brillament éclairé par cette prise de parole.
    bien amicalement
    Serge

  2. Merci Sheila de ces positions que je trouve justes et courageuses. Je me retrouve dans tes analyses et je crois qu’il faut, effectivement, arrêter les discours tacticiens qui invitent les électeurs à voter contre untel pour empêcher untel de l’emporter et bloquer l’avenir d’un autre au passage. Les politiciens « tournent entre eux », sur eux-mêmes, et les Français ne veulent plus de ce manège. Il faut retrouver le goût et le sens de la conviction, monter qu’un autre avenir est possible si la solidarité l’emporte sur les égoïsmes… Construire une nouvelle gauche… Oui, il le faut !

  3. annie agier dit :

    merci Sheila pour ta parole juste et franche !

  4. Gérard Leras dit :

    A la Région, j’ai tellement été en phase avec Sheila sur de nombreux sujets (agriculture, foncier, ruralité…) et face à l’inertie, la sclérose et souvent les positionnements réactionnaires de certains membres de l’Exécutif socialistes, que la prise de conscience plus globale et la rupture qu’elle vit aujourd’hui ne m’étonnent pas. Bien sûr, j’aurais préféré qu’elles interviennent plus tôt, mais je prends volontiers.
    Reste à construire l’alternative. Sans perdre de temps.

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